Séance plénière du 26 octobre 2012
Monsieur le Président, Chers collègues,
Nous sommes réunis aujourd’hui pour discuter les orientations budgétaires de l’année 2013. J’ai pourtant l’impression que nous discutons une seconde fois, celles de l’année 2012. Ma collègue Pernelle Richardot l’avait prédit l’année dernière en disant : « votre profession de foi pourrait même resservir l’année prochaine. Qui verrait la différence ? ». Elle avait raison. Ce Document d’orientations budgétaires n’est qu’un simple avenant à celui de l’année dernière.
Et je dirais même que cette année vous avez en plus fait l’économie d’explications, concernant les politiques d’aides directe aux entreprises, de l’apprentissage, de la formation professionnelle, de l’environnement, de l’agriculture et de la forêt ou encore du développement des territoires, par exemple, explications qui je le suppose, viendront avec le Budget Primitif 2013.
J’ai donc besoin de quelques précisions sur ce document budgétaire, et j’ai quelques remarques : Vous prévoyez une réduction du budget économie emploi une fois encore de 1% par rapport à 2012, mais cela pour la 3ème année consécutive, soit une baisse de 17% au total, et ceci au plus fort des difficultés pour nos territoires. Pour rappel, on est passé de 48 000 à 85 000 chômeurs en 12 ans. Le Fonds alsace croissance est une bonne chose mais il faudra penser son interaction avec la banque publique d’investissement, notamment sur la question de l’expertise. Vous parlez, concernant le développement économique, d’un remaniement du dispositif d’aides directes dans le sens d’une plus grande efficacité. Pourriez-vous préciser comment ? Si cela conduit à réduire le nombre d’aides exceptionnelles à des entreprises dites « structurantes », nous sommes tout à fait d’accord. Peut-être enfin avez-vous décidé d’en finir avec le saupoudrage d’aides individuelles aux entreprises, voire d’en finir avec les aides directes aux entreprises tout court ?! Je vous pose la question. Une fois de plus vous n’affichez pas clairement votre stratégie politique.
Par ailleurs, nous sommes déçus de voir que la Marque Alsace sera à nouveau l’alpha et l’oméga de l’intervention régionale et qu’elle est considérée comme l’outil majeur du rayonnement et de l’attractivité de l’Alsace. C’est une illusion de croire cela et de croire que la Marque Alsace sauvera nos emplois et notre industrie. Nous étions sceptiques sur la stratégie d’intégration de la Marque Alsace dans la communication des entreprises et associations. S’il s’agit de refaire les plans de communication d’entreprises par ailleurs en bonne santé, avec les deniers publics, nous refusons ! Quoi qu’il en soit, nous devrons un jour faire le bilan financier de cette opération et son évaluation quant à l’attractivité du territoire. Et ce sera là une partie de votre bilan, M. le Président !
Il y a quelques jours vous nous avez rappelé que cette marque reposait sur deux piliers essentiels que sont la jeunesse et l’innovation. S’agissant de la jeunesse, vous nous présentez l’opération Oriente Express comme le fer de lance de votre action régionale en matière d’orientation. Pourtant cette opération, dont le poids budgétaire est important, n’a fait que rajouter une couche au millefeuille de l’orientation, un fait dénoncé par tous aujourd’hui. Quant aux autres pans de votre politique jeunesse, on voit bien au travers de votre annonce d’évolution en 2013 pour « mieux épauler les jeunes dans leur insertion sociale et professionnelle », que cette politique n’est pas à la hauteur des enjeux de ce public.
Pour l’innovation, des crédits encore en baisse (de 500 000€), tout comme l’an passé, ne peuvent être facteurs de réussite sur un aspect aussi stratégique pour l’Alsace et son développement. On sent d’ailleurs depuis quelques mois un léger flottement autour du travail de la Commission qui s’illustre aujourd’hui par, certes un programme d’investissement immobilier, mais malheureusement aussi par un recul sur le soutien aux personnes qui font l’innovation. La suppression des bourses postdoctorales en est la parfaite illustration. Vous avez raison de dire Monsieur le Président qu’il reste du travail à faire sur la Marque Alsace, pour que la coquille ne soit pas vide à l’arrivée!
Le domaine de l’éducation, est une priorité gouvernementale, mais n’est pas la votre. L’investissement dans les lycées souffre encor une baisse de 4M€ alors qu’il s’agit d’une mission fondatrice de la Région, tout comme la politique de formation professionnelle qui baisse de 3M€ alors que nous avons besoin de manière urgente d’un service public individuel de la formation professionnelle tout au long de la vie. C’est ce que nous appelons être ambitieux ! Certains Greta d’Alsace ont malheureusement il y a quelques jours encore refusé des chômeurs en demande de formation professionnelle.
Monsieur le Président, tenir un budget en équilibre est important mais la politique fiscale de la Région ne peut se résumer à une maîtrise de la dette, nous n’avons de cesse de vous le répéter depuis 3 ans. La gestion de la dette n’empêche pas des choix d’investissements intelligents. Un euro dépensé est un euro de croissance, si la vision est donnée et les choix stratégiques. Cette année encore, non seulement le budget continue de diminuer de 7M€, mais les investissements également.
Aujourd’hui, vous anticipez dans votre Document d’orientations budgétaires l’annonce gouvernementale de faire une réforme fiscale régionale dans le cadre de l’Acte III de la décentralisation, mais c’est pour la nuancer aussitôt. Pourquoi refuser de voir que ces nouvelles mesures fiscales sont une bonne nouvelle pour les Régions ? Les pistes aujourd’hui envisagées par le gouvernement devraient rendre une partie de leur capacité fiscale aux Régions (cela a été confirmé à l’ARF, vous y étiez comme nous). Vous concluez pourtant que c’est perdu d’avance et que notre seule marge de manœuvre est la réduction des dépenses.
Je souhaiterais m’attarder sur une de ces pistes, si vous me le permettez : Sur la taxe d’apprentissage, qui, comme il est indiqué dans le DOB, pourrait être affectée intégralement aux Régions, ce qui aurait du sens pour nous. Acteurs essentiels de l’apprentissage, les régions sont des financeurs importants des CFA, souvent en difficultés. En pratique, elles versent à ces derniers des sommes qui sont assimilables à une subvention d’équilibre. Leur participation dépend donc étroitement des montants de taxe d’apprentissage perçus par les CFA. Ce cofinancement par les régions et les OCTA des centres de formation des apprentis justifie une étroite collaboration malheureusement pas toujours efficace. Il nous paraît indispensable de conforter les régions dans leur rôle d’organisation et de coordination du financement de l'apprentissage et une telle réforme nous permettrait enfin d’être à la hauteur de nos ambitions.
Les Régions vont pouvoir respirer. Car le contexte à changé et vous ne manquez pas de le faire remarquer subtilement d’ailleurs dans votre document. Le choix des termes, n’est pas anodin. Alors que dans les orientations budgétaires de l’année dernière vous titriez « Stabilisation des dotations de l’Etat », nous avons le droit cette année à je cite « Le gel des dotations de l’Etat contraint encore plus les recettes des Régions ». Nous étions pourtant bien l’année dernière concernés par un gel des dotations, bien plus sévère, accompagné par des prélèvements importants, décidé par la ministre du Budget Valérie Pécresse.
Malheureusement, nous sommes en partie dépendants du sentier emprunté par la droite ces dix dernières années. Les Régions ont été prises à la gorge par une politique recentralisatrice que vous avez approuvé et qui a conduit à la suppression de la taxe professionnelle et à la réduction de la marge d’autonomie financière des Régions. Elle ne sera que de 11% cette année pour notre Région, comme l’année dernière.
Mais nous pouvons espérer de manière réaliste, qu’aujourd’hui, l’heure des régions est arrivée. Elles ne seront pas les plus touchées des collectivités par le gel des dotations. Nous nous félicitons d’ailleurs, même si cela « écornera » le dynamisme du budget comme vous le dites, de la mise en place de la péréquation de la CVAE (Cotisation sur la Valeur Ajoutée des Entreprises). La compétitivité est certes importante, mais nous ne pouvons que nous réjouir que la solidarité entre territoires, une valeur que nous portons, soit enfin incarnée dans les orientations budgétaires. Aujourd’hui nous donnons, mais peut-être un jour recevrons nous…