La cheminée d'un incinérateur est comme une cigarette géante pour les habitants du voisinage mais aussi pour ceux qui se croient à l'abri au fin fond de la Creuse car l'air pollué circule ! Dans l'ordre comme dans le désordre on y retrouve des poussières, des dioxines, de l'acide chlorhydrique et de l'acide fluorhydrique, du monoxyde de carbone, des gaz à effet de serre (GES), des métaux lourds et leurs sels ( plomb, mercure, cadmium,...) et de très nombreux composés volatils organiques (COV), liste malheureusement non exhaustive !

Tout comme pour les cigarettes, les filtres utilisés ne filtrent pas tout. L'environnement se retrouve imprégné par ces substances, l'air, l'eau, les sols, rien n'est épargné par ce cocktail toxique qui émane d'un incinérateur. L’argument de la mise aux normes des nouvelles générations d’incinérateurs avec utilisation de filtres à dioxines est souvent avancé pour rassurer les populations riveraines de ces installations. Malgré la mise aux normes de l'incinérateur de Sausheim, cet équipement est source de pollution et ce ne sont pas les deux contrôles annuels programmés qui vont l'empêcher de rejeter dans l'air dioxines et autres nanoparticules. Surtout pas pendant les 60 heures annuelles règlementaires où le rejet des fumées est autorisées sans filtre, ce qui entraine en moyenne des émissions annuelles de 1OO fois la norme. Pas étonnant donc que l'on retrouve des dioxines et des PCB dans les oeufs de nos poules élevées en plein air !

Le rapport élaboré par un groupe d'expert scientifique,le GESDI, dont Dany Dietmann, maire de Manspach, a mis en lumière 5 types de risques qui justifient la mise en place urgente d'un moratoire sur les constructions d'incinérateurs comme celui que l'on projette de construire dans le Haut-Rhin à Aspach.

En mars 2008, un rapport de l’Institut national de Veille Sanitaire (InVS) alerte les pouvoirs. Cette étude écologique de type géographique, réalisée dans le cadre du Plan cancer 2003-2007, a pour objectif d’analyser la relation entre l’incidence des cancers chez l’adulte et l’exposition aux émissions atmosphériques des usines d’incinération d’ordures ménagères. Elle porte sur les cancers diagnostiqués dans le Haut-Rhin, le Bas-Rhin, l’Isère et le Tarn entre 1990 et 1999. Près de 135 000 cas de cancer ont été collectés sur environ 25 millions de personnes-années. L’exposition des unités statistiques (Iris) au cours des années 1970-80 a été quantifiée par une modélisation de la dispersion atmosphérique et du dépôt surfacique accumulé des dioxines émises par 16 incinérateurs. Les résultats sont exprimés sous forme de risques relatifs qui comparent les risques de survenue d’un cancer dans des zones fortement exposées aux risques observés dans des zones peu exposées.

Une relation statistique significative est mise en évidence entre l’exposition aux panaches d’incinérateurs et l’incidence, chez la femme, des cancers toutes localisations réunies, du cancer du sein et des lymphomes malins non hodgkiniens. Un lien significatif est également retrouvé pour les lymphomes malins non hodgkiniens chez les deux sexes confondus et pour les myélomes multiples chez l’homme uniquement.

Cette étude ne permet pas d’établir la causalité des relations observées, mais elle apporte des éléments convaincants au faisceau d’arguments épidémiologiques qui mettent en évidence un impact des émissions des incinérateurs sur la santé.

L'espoir existe enfin de voir les collectivités prendre conscience du danger réel de ces équipements et d'appliquer le principe de précaution inscrit dans notre Constitution.

Il vient d'Auvergne car pour la première fois en France, la mobilisation d’un collectif de 531 médecins et d’associations environnementales a permis de faire échouer un projet d’incinérateur d’ordures ménagères. Après avoir organisé un grenelle local de l’incinération le 26 mars 2008, le Préfet de la Région Auvergne a en effet annoncé le 18 juin dernier qu’il refusait d’accorder l’autorisation de construction d’un incinérateur d’ordures ménagères à Clermont Ferrand.

Le Président du Conseil Général du Haut-Rhin et tous les conseillers généraux feraient bien de s'inspirer de cette décision et de travailler enfin à l'élaboration d'une politique de gestion des déchets départementale respectueuse de l'environnement et des Alsaciens car désormais ils ne pourront plus dire :

Nous ne savions pas...