Monsieur Le Maire, chers collègues,

En juin dernier, le président de la Région Alsace Philippe Richert scellait avec Jean-Pierre Masseret, son homologue lorrain, le mariage programmé des deux collectivités. Conformément à la nouvelle carte des Régions réduites par deux, selon la volonté de l'Élysée espérant trouver là un gisement d'économies tout en écrivant une nouvelle page de la décentralisation dans notre pays... Les deux présidents ont donc entamé une démarche de rapprochement que globalement la classe politique alsacienne soutenait tant cela paraissait logique au vu des coopérations qui existent déjà et d’une proximité culturelle indéniable. Pas plus tard que la semaine dernière, ce travail s’est poursuivi avec la rencontre des deux Conseils Economique, Social et Environnemental Régionaux mandatés par leur président respectifs.

Hélas le travail parlementaire durant l’été a modifié cette carte en ajoutant la Champagne-Ardenne. Nous sommes d’accord et nous l’avons exprimé également ce matin au Conseil Régional d’Alsace, que cette fusion à trois est une erreur car nous n’avons rien de commun avec la Champagne Ardennes et le résultat serait un territoire et une collectivité d’une superficie de deux fois la Belgique, un contraste bien trop important avec la situation actuelle et une Alsace qui est la plus petite région de France… La réforme territoriale doit pour être réussie avoir du sens et garantir une cohésion géographique. Cette réforme méritait plus de concertations et nous le reconnaissons bien volontiers.

Sur le fond, nous pensons que la fusion avec la Lorraine est une véritable opportunité. Elle donnerait naissance à une Eurorégion forte de ses 4,5 millions d’habitants, de 100 milliards de PIB et dotée de frontières communes avec quatre autres pays européens tout en optimisant les complémentarités notamment économiques. Le conseil unique d’Alsace que vous préconisez avant tout Mr Rottner et que nous avons tous deux défendu en 2013 au moment du référendum n’est pas la réponse qui permettra à l’Alsace de rebondir économiquement. Car c’est de cela qu’il s’agit véritablement. La réforme territoriale dans son ensemble et dont on peut encore une fois discuter de la méthode se veut être une réponse du gouvernement à un diagnostic largement partagé par les différents partis politiques mais aussi les experts économiques nationaux et internationaux. Rappelons simplement qu’actuellement la puissance moyenne d’intervention par habitant de nos régions françaises est 10 fois inférieure que celle des grandes régions européennes. Je vous renvoie aux nombreux rapports sur le sujet dont le rapport Balladur. L’Alsace était une région riche et industrialisée dans les années 80.

Aujourd’hui, touchée de plein fouet par la crise, notre région est moins riche et le taux de chômage équivalent à la moyenne nationale, contre moins de la moitié il y a seulement 15 ans, notre région est affaiblie par la crise et ses faiblesses structurelles dont sa taille face par exemple au Bad Würtemberg ou au Palatinat. Voila le bilan et la réalité auxquels nous devons tous faire face. Il y a à peine quelques jours, dans la presse nationale, la présidente du pôle de compétitivité Biovalley s’exprimait pour dire combien le périmètre Alsace-Lorraine et même Franche-Comté était pertinent et déjà une réalité, une nécessité pour réussir à dynamiser ce secteur innovant et pour affronter la compétition mondiale.

Alors face à cette fusion à trois dont ni les élus alsaciens ne veulent, pas plus que peut-être les alsaciens, car une pétition n’a pas valeur de référendum, nous proposons de continuer à défendre le projet Alsace-Lorraine tant que le travail parlementaire n’est pas terminé. Il y aura une deuxième lecture au Sénat et surtout à l’Assemblée Nationale, qui aura le dernier mot. Néanmoins, ce matin, les conseils généraux et le conseil régional d’Alsace ont décidé d’adopter un texte commun. Nous avons proposé des amendements qui auraient permis de dire que :

- L’abandon de la création d’une grande région réunissant les territoires d’Alsace, de Lorraine et de Champagne-Ardenne au profit de l’Alsace-Lorraine proposé par le gouvernement et soutenu par les présidents des Régions Alsace et Lorraine - La création en Alsace, dans le contexte actuel du projet de loi, dès le prochain renouvellement des assemblées une collectivité territoriale unique issue des actuels départements ainsi que de la Région et dotée d’une capitale régionale l’Eurométropole de Strasbourg. Ces amendements, que nous vous proposons ce soir, auraient l’avantage de permettre de porter ensemble et avec conviction le débat sur l’élargissement régional face au pouvoir central tout en évitant le repli sur soi. Avec notre proposition, les spécificités administratives, religieuses et culturelles seraient pleinement préservées.

La droite alsacienne, y compris le président du Conseil Régional pourtant convaincu de l’intérêt d’un rapprochement avec la Lorraine a choisi d’abandonner cette hypothèse et de ne raisonner que par le conseil unique. Si celui-ci peut incarner une alternative à la fusion avec Champagne-Ardenne, il ne doit pas nous exonérer d’avoir l’ambition d’une ouverture sur le Rhin supérieur comme sur la Lorraine et la Franche-Comté et le territoire de Belfort.

Monsieur le Maire, Nous avons tous l’ambition de préserver notre Alsace, mais en l’occurrence, nous n’avons pas la même stratégie, si vous refusez d’introduire nos amendements comme cela a été le cas ce matin dans les trois assemblées, nous ne pourrons voter cette motion et nous ne participerons pas au vote en solidarité avec le président du Conseil régional lorrain et ses élus qui continuent à se battre pour nous rejoindre dans l’avenir.