Monsieur le Maire, Chers collègues,

Nous nous réjouissons d’emblée de l’augmentation de l’enveloppe globale dans un contexte inédit de réduction des capacités financières aussi bien de l’Etat que des collectivités locales. Le volume des crédits mobilisés par le gouvernement, 348,85 millions, permet de maintenir la cohérence dans la stratégie de développement et d’équipement de l’Alsace. Mais si l’on rajoute les autres sources de financement contractualisées de l’Etat pour cette période (3,4 millions d’euros provenant du budget des organismes de recherche, 12 millions provenant du budget de Voies Navigables de France, ce ne sont que quelques exemples) c’est une mobilisation de 391 millions d’euros pour les projets retenus dans ce contrat pour l’Alsace par l'Etat (ce sont les chiffres annoncés ce matin par le Président de la Région Alsace)

Pour la période 2007-2013, la contribution de l’Etat pour 7 ans s’élevait à 341,5 millions d’euros, il était important de souligner l’effort budgétaire fait pour notre région dans une période où certains accusent le pouvoir central de tous les maux…

Sur les 12,5 milliards d’euros que l’État prévoit d’engager en France, l’Alsace en prend donc 2,8% soit un peu plus que son poids démographique (2,5%) avec pour objectif de développer l’emploi durable à partir des thématiques retenues que vous avez listées dans la délibération : mobilité multimodale, enseignement supérieur recherche et innovation, volet transition écologique et énergétique, volet emploi, volet territorial, volet numérique, volet innovation, filière d’avenir et usine du futur.

Les choix ont été faits à partir d’un diagnostic partagé et de stratégies communes aux différentes strates de l’organisation politique et administrative de notre région. Il est important de préciser à ce stade que ces choix sont le fait de discussions des exécutifs des grandes villes et autres collectivités locales, mais n’impliquent nullement la communauté des élus issus de la démocratie représentative que nous sommes et encore moins le citoyen lambda. Bien rares sont ceux qui connaissaient l’existence d’une procédure de consultation citoyenne il y a quelques mois, en ligne sur les sites de la Région Alsace et de la Préfecture. On y trouvait notamment le document stratégique et son diagnostic qui rappelle que l’Alsace a, au cours de la dernière décennie, été davantage touchée par la mondialisation et les crises économiques et écologiques. (Son Produit Intérieur Brut (PIB) représentait 2,9% du PIB métropolitain français en 2000, il n'en représente plus que 2,7 en 2012. Le taux de chômage est passé de 5% en 2001 à 9,5% en 2013 soit la plus forte augmentation des régions françaises. Elle a perdu 8,8% de son emploi salarié). Face à ce constat inquiétant, le contrat de plan a pour ambition de permettre à l’Alsace de renouer avec une dynamique économique dans un souci de développement durable.

Le volet globale de Mobilité multimodale de ce contrat peut donc étonner avec le retour en force des routes et une enveloppe financière importante qui leurs sont dédiées. A Mulhouse, notre agglomération souffre d’une pollution de l’air qui nécessiterait la réorientation de la mobilité vers des modes moins polluants. Le choix de l’échangeur de la Mertzau est discutable si l’on s’interroge sur le rapport coût/ bénéfice final de cette opération. 2 millions d’euros pour la M2A pour cette rocade au vu de nos moyens financiers extrêmements limités, nous pensons que d’autres priorités s’imposent au volet routier qui affiche une enveloppe de 5,5 millions sur un total de 9M de notre contribution financière globale soit 1,2 % du protocole d’accord.

Je me permets de nous rappeler collectivement les priorités de l’agglomération dans le domaine des transports qui tiennent par ailleurs compte de l’objectif« facteur 2 en 2025 » du Plan Climat Territorial en tendant vers une réduction des émissions du secteur transport de plus de 20%. L’enjeu pour les années à venir est d’augmenter la fréquentation des transports publics et de développer les modes doux notamment le vélo et la marche. Par ailleurs, toutes les études le prouvent, chaque nouvelle voirie entraîne une augmentation de trafic, au mieux un déplacement des flux mais jamais une réduction des émissions de gaz à effet de serre… S'il faut mieux desservir le parc des expositions, c'est d'abord avec le tram qu'il serait judicieux de le faire...

Pour le ferroviaire, les sommes importantes, 42 millions, consacrées au nœud ferroviaire de Mulhouse sont évidemment justifiées pour améliorer le trafic des trains notamment en approche de la gare. La desserte ferroviaire de l'euroairport est pour Mulhouse une donnée importante mais le coût de cette réalisation reste pour l'instant extrêmement élevé et le financement international de plus en plus hypothétique à mesure que le temps passe...

Dans le volet transition écologique et énergétique, pour l’instant, nous ne constatons qu’une participation de 50 000 euros pour Electropolis. Nous aurions espérer que la signature de ce contrat soit l’occasion d’une présentation plus fournie d’une transition aujourd’hui indispensable…

S’agissant du volet enseignement supérieur, nous approuvons les choix que vous nous proposez car le laboratoire IS2M et le Cetim-Cermat dans le domaine des matériaux sont une priorité reconnue dans la stratégie régionale d’innovation et donc identifiée et partagée par tous comme un vecteur de développement potentiel sur notre territoire. Il faut en effet miser sur l’innovation et le transfert de technologies en lien avec l’Université et le CNRS ; Quant aux travaux sur le campus de l’Illberg, ils sont indispensables pour donner plus d’attractivité à l’université de Haute Alsace. Il faut rappeler que L’Unistra (Strasbourg) bénéficie du programme de l’opération Campus avec une dotation en capital de 375 M destinée principalement à l’amélioration des bâtiments du campus universitaire…

Nous devons tout faire pour que l'UHA atteigne une taille critique suffisante et pour cela il l'aider à garder ses filières et à en développer des nouvelles. Nous regrettons néanmoins l’absence d’un soutien au projet de développement du projet NovaTris (Initiatives d'Excellence en Formations Innovantes,IDEFI) porté par l'UHA, en lien avec l’Unistra et des partenaires suisses et allemands, et qui vise à développer des formations bi- et tri-nationales pour favoriser l’insertion professionnelle au sein du territoire transfrontalier. L’axe transfrontalier n’étant d’ailleurs pas assez présent dans les projets retenus alors même qu’ils pourraient prétendre à des co-financements européens INTERREG V et nous permettre de répondre partiellement au moins à notre problème de chômage élevé.

Pour la partie pôle de formation et économie numérique, nous sommes surpris de ne trouver que le projet d’équipement du learning center . Pourtant il y a là une véritable faiblesse de notre territoire malgré la présence de Rhénatic. Les trois quarts des entreprises du secteur numérique se trouvent dans le Bas-Rhin, et ce sont très majoritairement des petites voire très petites structures, c’est donc une filière qui a besoin de projets structurants pour se développer et singulièrement dans notre agglomération. La question de la fracture sociale numérique est une réalité sur notre territoire, dans nos quartiers, sans vouloir citer ici toutes les applications utiles et indispensables du numérique et alors qu’une promesse importante de créations d’emplois dans ce domaine a été faite pour Mulhouse, nous nous interrogeons sérieusement sur l’absence totale de nouveau projet.

Vous l’aurez compris, ce nouveau contrat de plan nous laisse un peu sur notre faim car nous ne percevons pas l’ambition nécessaire à la hauteur des enjeux mais plutôt l’image d’une agglomération et d’une ville centre encore trop liée à son passé industriel et menacées par une fragilité économique réelle et qui n’investit pas assez dans l’innovation et le développement économique. Néanmoins il restera, au cours de cette période 2015-2020 des possibilités réelles de proposer des projets d’ampleur avec la revitalisation du site DMC pour lequel une enveloppe d’1,5 million est d’ores et déjà prévue et c’est bien, avec une révolution énergétique, écologique et numérique. L’Europe, l’Etat et la Région auront des enveloppes à disposition, nous devrons être en capacité de les mobiliser dans les prochaines années. N’ayant pas été associés à l’élaboration de ce protocole d’accord mais dans une approche constructive nous nous abstiendrons sur le vote et nous resterons vigilants sur la capacité de Mulhouse d’initier des projets ambitieux pour son agglomération.