Monsieur Le Maire, Chers Collègues,

Nous nous retrouvons pour la première fois en Conseil Municipal à cet horaire qui nous est imposé sans concertation et qui ne participe pas à la démocratisation de ce moment de la vie municipale, d’autant que malgré le déménagement pour raison technique au parc expo et malgré votre amour pour les nouvelles technologies, Monsieur Le Maire, le conseil municipal n’est toujours pas rediffusé en direct sur Internet comme c’est le cas depuis longtemps maintenant dans beaucoup de villes de France. L’avenir nous dira si l’arrivée du nouveau salarié le DIGITAL CHIEF OFFICER chargé d’accompagner la mutation numérique de notre ville aura un impact en permettant grâce aux économies qu’il devrait permettre de faire de financer par exemple la démocratie numérique.

Nous regrettons également d’être désormais obligés de lire la presse régionale? néanmoins excellente, pour apprendre des décisions aussi importantes que par exemple la fermeture de l’Auberge de Jeunesse de Mulhouse, certes compétence intercommunale. Souvenons-nous que les premières auberges de jeunesse se sont développées en 1936 sous l’impulsion du Front Populaire à l’initiative de Léo LAGRANGE, un socialiste. Vous comprendrez dès lors que nous serons extrêmement attentifs à ce dossier pour que les valeurs portées par Léo LAGRANGE survivent à cette fermeture et que le tourisme ne perde pas cette offre économique.

Mais au-delà de ces considérations, l’ordre du jour va nous permettre de faire un tour d’horizon de la vie mulhousienne dans un contexte général troublé par les questions géopolitiques, économiques et écologiques. Au regard des crises que nous vivons actuellement, les décisions que nous prenons ici ont donc une importance croissante. Cela demande une implication à 100 % du maire d’une ville de 100 000 habitants, un engagement que vous aviez pris, comme celui de ne pas augmenter les impôts...

Tout cela est fort regrettable car notre ville et ses habitants, est pauvre, la plus pauvre des villes de 100 000 habitants, vous l’avez encore écrit récemment dans une lettre adressée au Président de la République. Il faudra s’en souvenir au moment où vous nous proposerez tout à l’heure de voter des subventions en baisse pour les associations qui luttent contre l’exclusion... Pour revenir à cette lettre, elle a été publiée dans Valeurs actuelles, ce journal dont il faut souligner qu’il est devenu le principal canal d’expression des cadres du Front National depuis leur rupture avec Minute et l’hebdomadaire de chevet des électeurs les plus à droite de l’ancienne UMP, probablement les mêmes qui soutiennent aujourd’hui Nadine Morano... Nous aurions préféré qu’elle s’adresse à nous, élus mulhousiens, pour nous proposer de travailler ensemble au-delà des responsabilités qui incombent à l’Etat et auxquelles il doit bien entendu répondre.

Outre la publication d’une lettre d’un maire de Mulhouse dans un tel journal, le débat que vous soulevez mérite plus : il mérite la création d’une mission d’information et d’évaluation sur la question de la politique d’intégration de cette ville au sein d’une agglomération bien plus large. L’enjeu c’est la cohésion sociale qui ne doit pas nous obliger à choisir entre humanisme et gestion mais qui doit nous obliger à travailler ici avec l’ensemble du monde associatif et des élus qui souhaitent le faire. Votre méthode de gouvernance malgré son vernis citoyen va à l’encontre de ce dont nous avons besoin, c’est vraiment regrettable.

La question qui se posera tout à l’heure avec la discussion autour du vœux déposée par ma collègue Djamila Sonzogni, ce n’est pas de débattre de la manière dont l’Etat français ou l’Union européenne assument leurs responsabilités respectives face à la crise des réfugiés. La question doit tout simplement être « devons nous, oui ou non, accueillir dans notre ville ces réfugiés, victimes de conflits armés, qui frappent aux portes de l’Europe ? ». Notre responsabilité est incontestablement de le faire et d’afficher haut et fort notre solidarité au niveau de la ville comme de l’agglomération.

Si j’évoque notre agglomération, c’est parce que de plus en plus, les politiques se construisent à cette échelle. Or il est un débat que nous n’avons pas du tout abordé au sein de ce conseil c’est celui de la création d’une Communauté Urbaine. Pour une démarche qui devrait aboutir en 2016, il est temps de l’aborder avec les élus de cette ville. C’est d’autant plus important que la question des compétences et la question financière sont déterminantes. Alors que vous ne ratez pas une occasion pour rappeler la baisse des dotations de l’Etat, vous ne vous élevez jamais contre le partage inéquitable des ressources de ce qui fut la taxe professionnelle avec comme gros contributeur le groupe PSA. Jusqu’à quand accepterez-vous Monsieur Le Maire une telle injustice pour notre ville si pauvre ? Cette problématique existe d’ailleurs aussi pour la M2A dont les possibilités financières sont aussi limitées parce qu’elle reverse trop d’argent à certaines communes, c’est la chambre régionale des comptes qui le soulignait dans son dernier rapport. En aucun cas, nous ne pourrons accepter que la création de la communauté urbaine ne soit pas l’occasion de revoir la répartition des ressources dans notre territoire et donc du pacte financier qui liera les communes de cette nouvelle collectivité.

Qu’en est-il des compétences et des équipements qui seraient transférés à la Communauté Urbaine de Mulhouse, allez-vous au moins réussir à alléger les charges de centralité de notre ville lors de cette mutation ?

Comme vous le voyez, Monsieur Le Maire, nous sommes prêts à nous investir pour notre ville et à défendre l’humanisme rhénan qui nous caractérise, à vous de décider quelle place vous laisserez à tous ceux qui souhaitent le faire !