SÉANCE PLÉNIÈRE 16 ET 17 DÉCEMBRE 2010

Intervention de Cléo SCHWEITZER pour le groupe Socialistes et Démocrates

BUDGET PRIMITIF 2011 - JEUNESSE

Monsieur Le Président, Chers collègues,

Nous sommes au moins d’accord sur un point, nous nous accordons tous, ici, je l’espère, à reconnaître le «devoir d’avenir» de notre société envers sa jeunesse, et le potentiel qu’elle représente pour le pays et notre région. Ce devoir nous oblige, en tant que responsables politiques, à œuvrer pour que les adultes de demain puissent vivre dans les meilleures conditions environnementales.

Plus concrètement, c’est par la mise en place des conditions permettant une formation ambitieuse pour l’avenir du jeune, et de véritables droits d’accès, à l’emploi, au logement, à la santé, à la mobilité, qu’il pourra construire, par lui-même, son autonomie. Il est évident que l’État n’assume pas pleinement ses responsabilités à l’égard des jeunes comme le montre les réformes successives ainsi que la mise en place du « RSA Jeune » qui, en plus de l’aveu d’échec qu’il incarne, ne bénéficie vraiment qu’à une minorité en raison des conditions d’attributions drastiques et sans cohérence avec les réalités du terrain; on tend donc à se tourner vers les collectivités locales, en espérant que celles-ci pallieront aux défaillances de l’Etat.

Lors de la présentation du Projet Régional de la Jeunesse, nous sommes intervenus pour expliquer en détail notre analyse et souligner les nombreuses lacunes de ce Plan qui à nos yeux vise à persuader que la Région agit pour les Jeunes alors que par ailleurs, le budget global en direction de l’Education et à la Formation est en baisse de 9,5 %, soit plus de 28 M d’euros. Nous n’y reviendrons donc pas en profondeur mais nous tenions à rappeler pourquoi nous voterons contre ce budget consacré à la jeunesse qui, à notre avis, présente plusieurs défauts majeurs.

D’abord, concernant la formation et l’emploi, nous faisons le constat d’une trop faible prise en compte de la montée en puissance du phénomène de précarité et de paupérisation que rencontre beaucoup de jeunes, y compris chez les jeunes actifs. Les poches de précarité dans les agglomérations mais aussi dans certains territoires ruraux ne sont pas la cible d’actions prioritaires et innovantes, et nous le regrettons fortement. Sur l’inclusion professionnelle, il est évident que l’insuffisance globale du nombre d’emplois stables et de stages offerts aux jeunes est le problème majeur pour les années à venir. Dès lors, il nous paraissait important de conditionner les aides que peut apporter le Conseil Régional aux entreprises à la prise en compte de cette préoccupation. Cependant, cette option est partiellement retenue, puisque le nombre d’emplois qui bénéficieront de ce type d’aide (AREJ Plus) sera réduit à peau de chagrin, votre budget n’annonçant que 325 000 € de crédits pour ce dispositif alors que la somme annoncée était de 500 000 € dans le Projet Régional pour la Jeunesse, et qu’elle était de 2 millions d’euros quand votre 1er Vice-président avait présenté Agir pour l’Emploi.

Concernant l’orientation, le Programme Régional d’Information et d’Orientation (PRIO) ne peut que s’affaiblir globalement puisqu’il reposera sur les Maisons de l’Emploi qui à l’heure où nous parlons comptabilisent une baisse de 40 % de leurs budgets.

L’Orient Express ne créé qu’un dispositif supplémentaire dans le millefeuille du monde de l’orientation qui ne concerne que les jeunes motivés or ce ne sont pas ceux qui en ont forcément le plus besoin. Il s’agira d’une belle opération de communication au bénéfice de la Région (nous aurions souhaité une remise en cause de cette mesure pour dégager les crédits sur une vraie priorité).

Enfin, nous voulions dire quelques mots sur la santé, grande absente... l’évolution de notre société et de nos modes de vie développent un mal être tangible et des comportements sanitaires inquiétants : conduites additives, accidents, violences, obésité et mal bouffe dont les jeunes Alsaciens ne sont pas épargnés... Il y a une nécessité d'éducation à la santé, de prévention notamment pour les lycéens quasiment abandonnés par le système de santé scolaire car les moyens sont largement insuffisants. Nous aurions souhaité qu’au moins une des thématiques santé soit soutenue de manière significative, ce n’est pas le cas.

En conclusion, nous sommes tentés de dire qu’essayer de pallier au désengagement de l’Etat dans les différents domaines qui concernent prioritairement la jeunesse, hormis le service civique, ne constitue pas une politique régionale de la jeunesse. Les associations locales étant les laissées pour compte de la politique de la jeunesse et de la vie associative nationale, le Conseil Régional, sans véritablement toucher ceux qui en ont le plus besoin avec moins de moyens ne pourra contribuer au rétablissement de l’égalité des chances, y compris dans les trois priorités que vous avez retenus dans votre rapport. Nous voterons donc contre ce budget consacré à la jeunesse.