Monsieur le Président, Chers collègues,

Votre politique jeunesse a toujours affiché une certaine ambition. Une ambition qui ne se traduit pas forcément budgétairement puisque nous constatons une baisse importante du budget entre 2014 et 2015 .… Mais il est vrai et vous le soulignez régulièrement, que la transversalité du sujet ne permet pas une exégèse budgétaire très fine de l’investissement de la Région pour sa jeunesse. D’emblée, nous tenons à saluer la qualité de travail de la commission à l’écoute de nos demandes et toujours réactive, on l’a vu il y a quelques jours en obtenant encore les résultats du dispositif Pass Créa Alsace qui semblent encourageants malgré un démarrage tardif dans le Haut-Rhin.

Quelques remarques néanmoins… Le TER de l’Orientation, même sérieusement dépouillé budgétairement, roule encore… Nous avons toujours marqué notre opposition à ce dispositif et, avec le recul, nos remarques étaient plutôt fondées. On nous avait présenté le dispositif comme l’outil parfait pour irriguer le territoire alors qu’aujourd’hui vous nous annoncez son maintien dans les grandes villes, là où des structures travaillent déjà toute l’année sur les problématiques ciblées de l’orientation. Il y a pourtant une réelle vigilance à apporter sur les conditions de mise en œuvre du SPRO (Service Public Régional de l'Orientation) au niveau infra-régional afin de réduire et d’accompagner l’éloignement et la faible couverture de certains territoires ruraux. Pourquoi ne pas y consacrer le budget affecté au TER de l’orientation ?

Pour nous la consécration du service public de la formation et la création du Service Public de l’Orientation est une très bonne chose. Car il est le seul en mesure d’assurer la continuité, la gratuité, et son adaptabilité aux besoins des publics aussi divers que nous connaissons. S’agissant des missions locales, nous approuvons tous les moyens qui lui sont dédiés même s’ils ne sont pas suffisants car nous le répétons la qualité de suivi des dossiers pour les conseillers des missions locales est liée au nombre trop important de jeunes que chacun d’entre eux doit suivre et les empêche de faire un travail de dentelle pourtant indispensable dans certains cas. Vous nous annoncez une légère augmentation de la dotation annuelle globale (40 000), tant mieux, mais si elle est liée à une augmentation potentielle du public concerné, elle ne sera pas significative pour une meilleure qualité de service. Vous nous avez présenté un audit sur les missions locales dont nous avons partagé les conclusions et les problématiques soulevées, nous serons attentifs aux réponses qui seront apportées lors des prochains conventionnements dont nous ne savons rien à ce jour. Tout ce que nous savons c’est que la ligne budgétaire des outils des conseillers de mission locale est sévèrement rabotée !

Les difficultés auxquelles les jeunes adultes sont confrontés ne se limitent toutefois pas uniquement à une intégration difficile sur le marché du travail. Même lorsqu’ils en ont trouvé, le logement, la mobilité, la santé ou la situation familiale, mais aussi la culture, le sport et les loisirs jouent autant un rôle essentiel dans l’intégration sociale des jeunes adultes. La question de l’accès à l’autonomie des jeunes est un chantier important en Alsace et la politique régionale de la jeunesse n’a pas toujours véritablement aidé ceux qui en ont le plus besoin. Vous vous étiez engagés par exemple, en 2010, à mettre en place un Passeport pour la culture et les loisirs intégrant une offre de transport à des horaires adaptés. Vous ne l’avez pas fait.

Nous avons eu l’espoir en lisant l’introduction de votre document que vous aviez pris la mesure de la pauvreté qui se développe chez les jeunes, dans les quartiers de la politique de la ville mais aussi dans l’ensemble des pôles urbains, et nous avons espéré découvrir enfin un plan d’action transversal qui aborde la question de la pauvreté chez les jeunes adultes qui dans les cas les plus graves sont en sans domicile fixe, d’autres en souffrance mentale. Un jeune n’est pas un adulte comme les autres et s’il est vrai qu’il existe des politiques de prises en charge sociale qui relèvent d’autres collectivités, nous n’avons pas retrouvé, je cite votre engagement de 2010 « le pacte entre la Région et les deux départements au service des personnes les plus vulnérables, exposées à la précarité ». Vous vous étiez également engagé, je cite toujours votre programme de 2010, « avec les Conseils Généraux, nous développerons un accompagnement personnalisé de 1000 collégiens, issus de milieux modestes, vers des filières d’excellence » Cette approche est pourtant indispensable car de l’école à l’emploi, les trajectoires des jeunes sont marquées socialement. La France est l’un des pays où le milieu social influe le plus sur les résultats scolaires avec des effets directs sur l’insertion professionnelle.

Enfin, pour terminer, vous lancez à la fin de votre mandat et à l’aube d’une nouvelle région, un chantier sur le numérique et les jeunes. Si l’objet est louable, nous vous rappelons que vous aviez déjà évoqué une approche de cette thématique pour les jeunes en début de mandat, certes différente et moins aboutie mais une approche totalement abandonnée en cours de route. Dans un esprit constructif, nous avons regardé ce que faisait par exemple la Lorraine en matière de numérique pour les jeunes. Vous trouverez sur le site « Jeunes en Lorraine », une rubrique ma vie en numérique qui recense les actions de la Région Lorraine dans ce domaine notamment sur les pratiques des réseaux, mais aussi, par exemple, un appel à projet orange numérique pour des projets touchant à l’insertion des jeunes dans le monde du numérique. Puis nous avons basculé en Champagne Ardenne qui possède déjà un observatoire jeunesse et multimédia car ils sont également conscients de cet écart entre les usages et les savoirs en matière de numérique et qui développe un certain nombre d’outils comme l’application smartphone Supercapps pour les jeunes de leur région et d’autres projets de médiation numérique. Nous en concluons donc que la page numérique que vous proposez d’écrire pour les jeunes Alsaciens pourra s’appuyer en convergence sur des projets déjà entrepris dans les deux autres régions que nous sommes amenés à rejoindre.

Monsieur le Président, en matière de politique jeunesse, année après année et malgré une forte participation de notre groupe politique notamment en commission, force est de constater que vous êtes resté à la surface des choses et vous êtes donc passé à côté d’une politique jeunesse ambitieuse et stratégique, capable de répondre aux défis de l’avenir. Nous voterons CONTRE ce budget.