
« Tous les matins, nous nous levons pour aller travailler et perdre de l’argent », résume Denis Digel, producteur à Sélestat et président de la section fruits et légumes de la FRSEA, la Fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles. La crise des fruits et légumes est générale en France, a indiqué l’Insee (l’Institut national de la statistique), en notant une chute des prix de 22,8 % en un an.
L'Alsace et l'Allemagne concurrentes
« Le coût de la main d’œuvre saisonnière est moitié moins élevé en Allemagne qu’en France, car les agriculteurs allemands peuvent profiter d’une exonération totale des charges sociales appliquées aux salaires des saisonniers. Les producteurs alsaciens subissent de plein fouet cette distorsion de concurrence », dénonce la FRSEA.
En clair, une heure de travail d’un saisonnier coûte 6 euros à un agriculteur allemand, alors que son homologue alsacien ne peut pas payer moins de 11,04 euros de l’heure. « Et aux Pays-Bas, un jeune de 18 ans peut être payé légalement 4,45€», raconte Denis Digel, pour ne pas évoquer les salaires d’Europe de l’Est. Une piste évoquée par un conseiller de Nicolas Sarkozy auprès des agriculteurs en colère... Il est vrai que les salariés de l'europe de l'est sont de plus en plus présents en Alsace, notamment dans la restauration et le tourisme fluvial. Faut-il vraiment s'en réjouir ?
Une réponse globale et locale
En attendant une uniformisation des règles salariales au niveau européen, les producteurs attendent des compensations de la part de l’État. La Région Alsace peut participer au soutien de cette filière en facilitant l'accès aux produits frais locaux de saison. Dans les cantines de tous les lycées d'Alsace, en soutenant les nouvelles formes d'organisations de consommateurs comme les AMAP, en subventionnant les producteurs qui travaillent en bio-dynamie et en créant une charte régionale autour des fruits et légumes d'Alsace regroupant producteurs, distributeurs et consommateurs. Selon une enquête de consommateurs de 2007 et 2009, « les Alsaciens souhaitent à plus de 90 % trouver des fruits et légumes de leurs régions dans les étalages des magasins. Ils désirent en plus qu’ils soient bien identifiables dans les points de vente ».
Nous avons suffisamment jouer avec le feu, nous devons aujourd'hui rectifier le tir pour la sauvegarde de notre terre et de nos savoirs faire locaux. Un changement de politique régionale peut contribuer à ce sursaut écologique et socialiste. Il est temps de tourner la page !