Monsieur le Maire, chers collègues, Nous avons exprimé notre compassion face à ce qui est aujourd’hui une gigantesque plaie pour le peuple japonais. Chaque jour qui passe apporte des victimes supplémentaires, victimes du tremblement de terre, victimes du tsunami et victimes de l’accident nucléaire. Au vu de la catastrophe qui se déroule actuellement au Japon, et même si nous avons peut-être échapppé au pire, nous avons en tant qu’élus le devoir de nous demander sereinement ce qui se passerait à Mulhouse en cas de problème majeur à Fessenheim. Ce n’est évidemment pas la première fois que je pose cette question dans cette enceinte mais aujourd’hui le contexte a changé, il y aura bien un avant et un après FUKUSHIMA ! Cette réflexion suscite plusieurs remarques. La première est que Mulhouse située en-dehors du périmètre des 20 km ne serait pas concernée par le plan d’évacuation actuelle, elle n’est donc pas non plus concernée par la distribution de pastilles d’iode ni par les exercices grandeur nature organisés tous les trois ans. Le confinement préconisé à Mulhouse ne pourrait apporter qu’une protection très provisoire : une habitation n’a rien d’une enceinte étanche : en quelques heures tout le volume d’air intérieur est renouvelé. On gagne un peu de temps en calfeutrant toutes les ouvertures mais le confinement n’est absolument pas adapté à une contamination qui persiste sur plusieurs jours. Pour limiter les risques et l’iode stable est un moyen efficace – s’il est pris à temps ! – de limiter l’irradiation de la glande thyroïde et donc la survenue ultérieure de cancers ou d’autres pathologies thyroïdiennes. Rappelons également que l’iode stable n’est pas la panacée : il ne protège ni de l’irradiation externe, ni de la contamination par les autres radionucléides… Autant dire que les mulhousiens ne sont en rien préparés à ce type d’évènement ce qui pourrait fortement les pénaliser le jour venu… quand on voit que la radioactivité est présente à Tokyo qui est située à 240 km des réacteurs, nous pensons que les Mulhousiens, à 23 km de la centrale nucléaire, doivent bénéficier de mesures de prévention et intégrer le plan particulier d’intervention. Il s’agit là tout simplement de renforcer la culture du risque pour protéger nos concitoyens.
Par ailleurs, Il est dans un deuxième temps, évidemment nécessaire d’encourager un véritable débat démocratique et franc sur l’énergie car c’est un choix politique. C’est un choix national mais c’est également un choix local et la ville de Fribourg en Brisgau a fait ce choix de manière responsable il y a bien longtemps déjà en tablant sur la production d’énergie solaire. A l’abondance d’une énergie bon marché et à un mode de vie basée sur la consommation à outrance, il faudra désormais opposer en toute transparence la fragilité et la dangerosité du nucléaire. Non seulement pour des raisons de sécurité liées à l’exploitation des centrales, le risque terroriste qui est bien réel, les travailleurs précaires de cette industrie qui en subissent les conséquences sanitaires, mais surtout du fait de l’irrésoluble gestion des déchets radioactifs dont l’enfouissement n’est pas une solution, les Allemands viennent de l’apprendre à leurs dépends et vont consacrer en urgence des milliards au déstockage de déchets nucléaires dans une ancienne mine car ils se sont rendus compte que des infiltrations contaminaient leur nappe phréatique… Le drame japonais vient de nous confirmer le risque trop souvent sous-estimé voire caché : la vulnérabilité des centrales aux risques naturels ! En 2003, en France, L’Autorité de sûreté nucléaire avait du intervenir pour rappeler EDF à l’ordre, suite à la falsification de certaines données primordiales à la sécurité des centrales. Alors que les normes sismiques doivent être basées pour chaque centrale sur un Séisme majoré de sécurité (SMS), l’Agence de sûreté nucléaire a remarqué que EDF avait utilisé des normes inférieures à celles déterminées par l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire, EDF minorant donc au passage le coût de ses investissements. La même chose s’est d’ailleurs produite au Japon avec un opérateur privé nommé TEPCO… dont la gestion est déjà montrée du doigt alors qu'il gère encore une situation de crise !
Mais s’agissant de Fessenheim, nous pensons qu’il est urgent D’AGIR : Le premier des défauts de la centrale de Fessenheim est qu'elle est mal placée",. Elle se situe dans une zone sismique et a été construite en contrebas du grand canal d'Alsace. Si l'un des barrages du canal lâchait, en cas de séisme ou même d'attentat, les conséquences pourraient être dramatiques. Et ce n’est pas nous qui le disons, ce sont des experts du CNRS. Rappelons également que du 1er au 4 août 2003, EDF a dû improviser en arrosant la centrale avec des centaines de milliers de litres d’eau pour tenter de pallier à une augmentation de la température de ses réacteurs liée à une simple canicule "On note depuis 2005 une augmentation notable des accidents. EDF parle d'incidents. Il sont quatre fois plus nombreux que dans le reste du parc nucléaire français. Les erreurs humaines se multiplient. "Les incidents concernent de plus en plus des organes de secours qui peuvent être indispensables en cas d'incident grave". Enfin sur le risque sismique, Il est vrai que dès l’origine, la conception de la centrale a pris en compte un risque sismique. Il est tout autant exact que depuis 1977, des travaux sont régulièrement entrepris à la centrale de Fessenheim pour «renforcer la sécurité sismique». La question peut donc se poser de savoir à quel moment la centrale sera finalement réellement sûre face au risque sismique. De deux choses l’une, la centrale est effectivement en sécurité, et il n’y aurait aucune justification à entreprendre des travaux de mise en sécurité, ou les travaux menant à renforcer cette sécurité sont le signe que la centrale n’est effectivement pas sûre. Alors compte tenu de la méconnaissance de ce risque, compte tenu des dépenses qu’il faut supporter pour mettre la centrale en totale sécurité – si cela était possible – la logique aurait du être de ne pas construire de centrale nucléaire dans le fossé rhénan.
Et la même logique impose aujourd’hui d’arrêter cette centrale qui d’ailleurs est en arrêt très souvent en raison des pannes qu’elle connaît. La centrale alsacienne vient de subir une importante révision générale, comme tous les dix ans. Dans ce cadre, l'Autorité française de sûreté nucléaire (ASN) doit décider en avril prochain si elle autorise ou non une prolongation de l'exploitation, en principe pour dix ans supplémentaires. "Après Fukushima, la prolongation de sa vie n'est plus aussi évidente qu'avant. C’est pourquoi nous vous proposons dans le cadre de cette motion, de rejoindre immédiatement l’association tri-nationale pour la protection nucléaire, de rejoindre entre autres les villes de Bâle et de Fribourg en Brisgau qui y siègent et qui milite pour une sortie progressive du nucléaire et pour la fermeture des plus vieilles centrales comme celle de Fessenheim. Si la sécurité de l’emploi peut être garantie pour les personnels de ces centrales par les chantiers de démantèlement, la sécurité des citoyens elle ne l’est pas. Après Tchernobyl, on nous disait ça ne peut pas arriver dans les pays développés, après FUKUSHIMA, on nous dit ça ne peut pas arriver en France et à Fessenheim, c’est malheureusement totalement illusoire de le croire et dangereux de cautionner ce risque, à moins d’accepter le sacrifice de vies humaines et celui de notre territoire en cas d’accident majeur. Notre groupe, Monsieur Le Maire vous a fait connaître sa position en déposant cette motion devant le Conseil Municipal. Nous aurions aimé connaître la position des autres groupes de ce Conseil...
