
Présentation de la motion déposée par le groupe d'opposition Un Nouveau Souffle pour Mulhouse (texte et vote à la fin de l'article)
L'université de Haute Alsace menacée par la réforme LRU
Monsieur le Maire, Chers collègues,
Ce soir nous avons décidé de soumettre à l'approbation du Conseil Une motion sur l'université mais nous aurions également pu présenter une motion sur le Planning Familial, les RASED ou encore sur l'hôpital public Pour ne citer que quelques exemples des nombreux dossiers qui engendrent à juste titre contestation et mobilisation auprès de nos concitoyens.
Le dossier de l'université illustre concrètement à Mulhouse les conséquences de L'Accord Général sur le Commerce des Services qui prévoit la création d'un "marché des services éducatifs" et de la stratégie de Lisbonne qui doit permettre à l'Europe de devenir d'ici 2010 "l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde...." , deux concepts à l'origine de la Loi sur la Responsabilité des Universités (LRU) imposée sans concertation par le gouvernement .
Cette loi aujourd'hui très controversée menace directement l'avenir de l'Université de Haute Alsace (son site mulhousien et colmarien). Celle-ci se caractérise par des liens étroits et anciens avec le monde de l’entreprise. Les sciences dures comme les sciences humaines et sociales ont ainsi développé des formations professionnalisantes appréciées du monde industriel . Cependant, le nouveau mode d’évaluation et de classement des universités basé exclusivement sur l’activité de recherche pure (et dans une bien moindre mesure sur la recherche-développement) met à mal ce particularisme de notre université et son interaction avec le tissu social et économique local. Ainsi se retrouvent déjà menacées des filières qui ne rentrent pas dans ces critères d’évaluation alors qu’elles répondent de façon satisfaisante à des besoins locaux.
Présentée comme l’unique moteur d’une recherche et d’un enseignement supérieur efficace, cette mise en concurrence risque d’être catastrophique pour une petite université pluridisciplinaire comme la nôtre entraînant la précarisation des personnels de toutes catégories, enseignants, enseignants-chercheurs, chercheurs, BIATOSS . . Et le simple rapprochement avec l'Université de Strasbourg qui vient de se voir attribuée une cagnotte de plus de 340 millions d'euros que vous préconisez n'empêchera Pas l'université de Haute Alsace de connaître des jours très difficiles....
Alors que la création et l’animation de filières professionnelles coûtent de fait, plus cher qu’une filière généraliste, les seuls cadeaux faits à l’Université de Haute Alsace pour le passage anticipé à l’autonomie (c’est à dire l’application de la LRU, application ayant pris effet au 1er janvier 2009 pour 20 universités dont l’UHA qui s’est portée volontaire alors qu'aujourd'hui elle participe déjà à la contestation) sont la suppression de 4 postes et une baisse conséquente de son budget car l’augmentation de la Dotation Globale de Fonctionnement pour 2009 est de 2,7%, donc moins que l’inflation et parmi les dix plus faibles des augmentations de DGF sur les 90 universités françaises !
Cette mise en concurrence des universités dans un contexte de pénurie organisée risque aussi très certainement d’appauvrir l’Université de Haute Alsace dans son offre de formation (par migration des budgets et des postes vers les grands pôles universitaires, comme celui voisin qu’est l’Université de Strasbourg qui vient de décrocher une cagnotte de plus de 430 millions d'euros, un dossier bien défendu contrairement à Mulhouse). Les universités maintenant autonomes, donc maîtres de leur masse salariale, devront faire des choix dramatiques : augmenter les droits d’inscription partout où ce sera possible, fermer des filières à faible flux, recruter le plus possible sur des contrats à la fois précaires et misérablement payés.
Nous affirmons notre attachement à un service public d’enseignement supérieur et de recherche dont la mission est de prendre aussi en charge des étudiants qui « ne » payent « que » partiellement leur formation. L’avenir de l’UHA est là, dans un positionnement clair qui refuse la logique libérale de mise en compétition des universités selon des critères de productivité marchande et qui défend sa mission de service public.
Aucun élu politique de gauche ne peut souscrire aux réformes proposées actuellement, c'est pourquoi nous vous soumettons ce texte ce soir. .
Conseil Municipal du lundi 16 février 2009 Cléo Schweitzer
TEXTE MOTION votée uniquement par les 11 membres de notre groupe, le groupe majoritaire ayant fait sa propre motion qui défend la politique appliquée actuellement :
L'application de la loi LRU a provoqué une mobilisation exceptionnelle de toutes les communautés universitaires au delà des clivages politiques et syndicaux, y compris à Mulhouse. Le Conseil Municipal de Mulhouse dénonce l'état d'esprit dans lequel le gouvernement organise la nécessaire réforme de l'université, celle- ci est précipitée, sans concertation et va toucher au coeur le système universitaire avec :
- la reforme du statut de l'enseignant chercheur ; - la mastérisation des concours et la précairisation des étudiants - le démantèlement des instances nationales et la centralisation des pouvoirs entre les mains du seul Président de l'Université - une baisse des moyens de fonctionnement et notre université mulhousienne sera particulièrement touchées.
Le Conseil Municipal de Mulhouse soutient la mobilisation des étudiants et des personnels de la recherche et des universités. Nous demandons au Ministère de l'Éducation nationale d'ouvrir un véritable dialogue avec les enseignants, les chercheurs, les étudiants, et les structures universitaires. Madame la Ministre doit mettre en place un moratoire des réformes Engagées, un gel des suppressions d'emplois et une réorientation du budget 2009.
Enfin, nous demandons au gouvernement de mettre fin à ce processus concurrentiel entre les universités qui ne peut qu'être fatale aux universités pluridisciplinaires et ainsi permettre la restauration de la sérénité dans les universités et organisme de recherche.